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Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.
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Le grand public - depuis qu’il a visionné le film polémique d’Al Gore - s’inquiète de la possibilité de l'arrêt du Gulf Stream. Ce courant si apprécié des Européens (qui lui attribuent la douceur de leurs hivers) cessera-t-il un jour de circuler dans l’Atlantique ?
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Latour propose le terme de République pour qualifier le nouveau système. Un système capable de « collecter les associations d’humains et de non-humains sans recourir à la brutale ségrégation entre les qualités premières et les qualités secondes » (p. 90). Les qualités premières étant les choses dont est fait le monde (atomes, gènes, neurones) et les qualités secondes les perceptions subjectives que l’on en a (couleurs, sons, sentiments). Le non-humain, concept essentiel, n’est quant à lui ni un objet ni un fait mais une entité qui fait parler ceux qui s’assemblent autour d’elle.
La difficulté de réunir le collectif réside dans le fait qu’il n’est pas issu de la simple addition de la nature et de la société, mais de la lente multiplication des entités qui le composent (matérialités, institutions, savoir-faire, procédures…). « Le collectif signifie : tout mais pas séparé » (p. 95). Pour sortir de ces difficultés, Latour considère le collectif comme étant composé de citoyens de deux sortes : les humains et les non humains. Mais il convient alors de procéder à des « partages de capacités. » (p.377).
Le premier de ces partages consiste à douter de tous les porte-parole. Seuls les scientifiques sont capables de faire parler les non-humains, si l’on considère que « chaque discipline peut se définir comme un mécanisme complexe pour rendre les mondes capables d’écrire ou de parler, comme une alphabétisation générale des entités muettes » (pp. 103-104). Cependant, la fin de la nature, vue dans le premier chapitre, signifie également la fin des certitudes scientifiques : les experts ne sont jamais d’accord quand survient une crise écologique ou sanitaire. Latour propose donc de considérer les scientifiques comme des porte-parole des non-humains, avec tous les doutes qui s’associent à ce concept : « par la notion de porte parole, on désigne, non pas la transparence de cette parole, mais la gamme entière allant du doute complet (le porte-parole parle en son nom propre et non pas au nom de ses mandants) à la confiance totale : quand il parle, ce sont bien les mandants qui parlent par le truchement de sa bouche. » (p. 101).
Plutôt que de considérer dans le collectif des sujets et des objets, sources de nombreuses polémiques destructrices (le sujet résiste à la naturalisation et l’objet à la subjectivisation), Latour propose de considérer des associations d’humains et de non-humains qui agissent. Considérant un collectif qui dresserait une liste des association d’humains et des non-humains qui le composent, la polémique sujet / objets n’existe plus.
Le troisième partage proposé par Latour porte sur la réalité et la récalcitrance. « Si nous voulons que le collectif puisse s’assembler, il convient de dissocier la notion de réalité extérieure de celle de nécessité indiscutable, afin de pouvoir la répartir également entre tous les « citoyens » humains et non-humains. » (p. 119). A cet effet, il considère la réalité extérieure sous la forme de la surprise et de l’événement, plutôt que sous l’ancienne forme des matters of fact, présents depuis toujours. « La seule chose que l’on peut dire [des humains et des non-humains], c’est qu’ils font irruption de façon surprenante en allongeant la liste de ceux qu’il faut prendre en compte » (p. 120). Cette liste permet au collectif de s’étendre au fur et à mesure qu’il intègre les nouvelles associations d’humains et de non-humains.
Latour avance ensuite le terme de « proposition » pour désigner les association d’humains et de non-humains, un terme qui porte sur l’incertitude et non l’arrogance, sur la paix et non sur la guerre, et enfin sur le fait que ces associations peuvent être nouvelles et imprévues : la République va désormais considérer des propositions en lieu et place des sujets et objets. Il amène ensuite le principe d’articulation, en se basant sur l’idée qu’un collectif peut-être plus ou moins articulé, c’est-à-dire « qu’il parle d’avantage, qui est plus fin, plus astucieux, qu’il comprend plus d’articles, d’unités discrètes ou de parties prenantes, qu’il les mélange avec plus de degrés de liberté, qu’il peut se composer de manière plus diverses, qu’il déploie de plus longues listes d’action » (p. 128). L’écologie politique va rechercher l’articulation. Enfin, il propose de considérer que les propositions articulées n’ont pas une essence mais des habitudes, notion qui a l’avantage d’être plus souple que la première : une habitude peut être révisée si le jeu en vaut la chandelle. On passe ainsi d’une « polémique des essences » à une « conciliation des habitudes ». (p. 130).
Il existe donc désormais un collectif plus ou moins bien articulé, composé de propositions qui possèdent des habitudes. Ce collectif ne cesse d’agrandir la liste des propositions qui le composent, avec l’arrivée soudaine de nouvelles propositions possédant leurs habitudes propres. C’est un collectif en expansion constante.
Dossier réalisé par Jérémie Pottier
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