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Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.
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Les sciences cognitives sont peu connues du grand public. Pourtant, leurs sujets d'étude passionnent : l'intelligence, les émotions, la mémoire... Alors que la philosophie explique ces notions par les capacités de réflexion de l'homme, les sciences cognitives proposent une explication matérielle de la pensée.
Comment faire entrer les sciences en démocratie ? Dans "Politique de la nature", Bruno Latour décortique la question. Réflexiences vous propose ici une fiche de lecture détaillée.
Latour aborde ensuite le problème du modernisme (qu’il a plus longuement abordé, rappelons le, dans un précédent ouvrage : Nous n’avons jamais été modernes)(2) . Le modernisme est tellement éloigné de l’écologie que l’auteur en vient à parodier Shakespeare : « To modernise or to ecologise ? That’s the question. » (p. 250). La flèche du temps moderne va vers une séparation toujours plus poussée entre les objets et les sujets tandis que celle de l’écologie va vers des attachements toujours plus intriqués. Mais l’écologie n’abandonne pas pour autant le mouvement vers l’avant, car elle prend en compte un nombre toujours croissant d’entités. A chaque cycle du collectif, à chaque itération, le collectif progresse, évolue.
Comme il y a évolution, Latour propose d’introduire dans le collectif la notion d’expérimentation et donc, d’apprentissage. Considérant qu’une mauvaise expérience n’est pas celle qui échoue mais celle dont on ne retire aucun enseignement, le travail du collectif consiste donc à englober un maximum de nouvelles entités, en s’assurant qu’il y a un progrès à chaque cycle. Ce travail, qui permet de définir la qualité de la « trajectoire d’apprentissage » (p. 259), nécessite de garder une trace du chemin parcouru par l’expérimentation, sans quoi l’on retomberait sans cesse dans les mêmes erreurs. Et ce troisième pouvoir, le pouvoir de suivi est dévolu à l’Etat.
Ce nouveau pouvoir, en effet, requiert des compétences particulières que ni la chambre haute ni la chambre basse de la République ne possèdent. Une compétence administrative est indispensable à l’exercice de ce pouvoir. Comment détecter des nouvelles entités si l’on ne possède pas la liste des entités existantes ? Comment hiérarchiser les propositions si l’on ne connaît pas leur ordre actuel au sein du collectif ? Comment s’assurer que la consultation se fait dans les formes si l’on ne vérifie pas les titres et compétences des intervenants ? A tous les niveaux du collectif, le pouvoir d’administration se révèle indispensable. Il suffit alors d’y ajouter les compétences de chacun pour qu’il soit enfin complet : les scientifiques savent établir les orientations de recherche pour réfléchir sur l’orientation que prendra le collectif, les politiques apporteront leur capacité de détecter les renversements de rapport de force, les économistes sauront quantifier la santé de la courbe d’apprentissage et les moralistes agiront sur les buts futurs à atteindre… L’Etat est ce pouvoir qui permet d’empêcher les autres pouvoirs d’interrompre pour leurs besoins respectifs l’évolution de la courbe d’apprentissage. Gouverner sans maîtriser : de cette qualité naît le principe de civilisation. Le diplomate est celui qui « reprend contact avec les autres, mais sans plus user du partage entre le mononaturalisme et le multiculturalisme » (p. 285). Du succès de cette diplomatie dépend la guerre et paix des sciences.
En guise de conclusion, l’auteur invite tout un chacun à participer à la construction de la nouvelle vie publique : tous les principes évoqués au cours du livre sont encore jeunes, ils ne demandent qu’à être clarifiés, affinés, développés… et finalement utilisés.
Cet ouvrage commence brutalement par le constat d’échec de ce que l’on appelait l’écologie politique, cette forme de politique qui voudrait inclure dans le débat démocratique les questions sur la nature. Il estime toutefois que l’on ne parlait alors pas vraiment d’écologie politique mais qu’on avait juste tenté de pratiquer une politique qui inclurait la nature sans réfléchir sur le fond. On ne peut pas selon lui se contenter de superposer la politique, la science et la nature dans un monde commun, car ces conceptions ont depuis toujours été faites pour s’opposer : « Obligée, pour se trouver une niche, de redéfinir la politique et la science, la liberté et la nécessité, l’humain et l’inhumain, l’écologie politique a perdu courage en chemin » (p. 15).
Derrière la modestie (« Dans ce livre, il s’agit tout simplement de se redemander pour soi-même – peut-être pour soi seul – ce que la nature, la science et la politique ont à faire ensemble. », p.15), l’auteur veut donner l’esquisse d’une nouvelle forme de société, il veut donner un nouveau souffle à l’écologie politique, mouvement que la multiplication des crises écologiques à rendu indispensable.
Dossier réalisé par Jérémie Pottier
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