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La difficulté de penser le temps réside principalement dans l’utilisation d’un langage qui nous le fait prendre pour un avatar de l’espace. Or, ces deux concepts, même s’ils sont inextricablement liés par la relativité, ont des caractéristiques différentes. Ainsi, alors que nous pouvons nous déplacer à l’intérieur d’un espace, aller dans n’importe quelle direction, reculer, avancer, nous ne pouvons pas changer notre place dans le temps. L’espace est le lieu de notre liberté tandis que le temps nous emprisonne. Kant voyait une autre différence entre le temps et l’espace : des temps différents ne sont pas simultanés mais successifs tandis que des espaces différents ne sont pas successifs mais simultanés. Mais, le temps et l’espace ont tout de même un point commun : ils mesurent un intervalle entre deux instants et entre deux points. Cependant, la comparaison s’arrête là, car le temps est une grandeur orientée. Le temps qui s’écoule de A vers B est positif si A précède B et négatif si B précède A. On peut donc écrire : tAB = -tBA, mais pas tAB = tBA ; alors qu’on a le droit d’écrire dAB=dBA. Par ailleurs, une autre source de confusion entre temps et espace est la représentation du cours du temps par un axe orienté. Il s’agit d’une image trompeuse qui nous pousse à attribuer au temps les propriétés de l’axe par lequel on le représente. Pour Kant, le temps est une intuition interne qui ne donne pas de figure mais pour réparer ce défaut, nous cherchons à utiliser des analogies et on représente la suite du temps par une ligne qui se prolonge à l’infini. De plus, le problème du moteur se pose ici aussi : qu’est-ce qui renouvelle le présent sur la ligne du temps, sinon le temps lui-même ? D’après Bergson, la représentation du temps par une ligne est donc une spatialisation du temps. Car pour pouvoir dire qu’une infinité de points forme une ligne, ceux-ci doivent coexister en même temps. Autre difficulté : on ne peut savoir que le temps est une ligne que si l’on se met à distance et qu’on la regarde « de l’extérieur ». Or, cette mise à distance est impossible car on ne peut s’extraire du présent. Comment donc parler d’une forme du temps, alors que cela présuppose une vue extérieure que justement nous n’avons pas ? Toutes ces questions, des penseurs tels que Saint Augustin se les posaient déjà. Ainsi, pour ce dernier : « Comment puis-je à la fois être dans le présent et prendre suffisamment de recul pour m’apercevoir que le temps passe ? ». D’ailleurs, il sentait bien que la réflexion sur le temps était hautement problématique : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ».
Dossier réalisé par Elsa Godet
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