Aucun biocarburant dit de première génération n’est véritablement « vert ». En effet, tous sont encore mélangés à la pompe avec le carburant fossile qu’ils sont censés remplacer. Mais, la phase de production des biocarburants consomme également beaucoup de ressources épuisables. En effet, comme les cultures alimentaires, les cultures énergétiques utilisent des sols fertiles. En augmentant la production agricole, l’exploitant améliore le rendement énergétique des agrocarburants. L’agriculture intensive se fait au détriment des ressources naturelles. Par exemple, l’engrais azoté est produit grâce à un apport important de méthane, gaz fossile. Aussi, en considérant l’ensemble des substances apportées aux cultures (appelés intrants), les biocarburants de première génération produisent de 1,5 à 5 litres équivalent pétrole (pour un litre de pétrole utilisé).
Sur le plan environnemental, le constat est également mitigé. Si les premières études allaient dans le sens d’un carburant peu ou pas polluant (le protocole de Kyoto qualifiant même les agrocarburants de carburants « zéro gaz à effet de serre »), l’image du biocarburant propre est aujourd’hui bonne pour le composte. Une étude américaine de 2006 publiée dans un journal scientifique (PNAS, le journal de l’Académie des Sciences des États-Unis) s’intéresse au cycle de vie complet des agrocarburants. Même si les gaz à effet de serre sont réduits par rapport aux carburants fossiles, la différence est parfois très fine. Ainsi, le bioéthanol issu de maïs ne produit que 12% de gaz réchauffant de moins que l’essence. En effet, en intégrant la culture du maïs et l’usage d’engrais azoté, un gaz plus nocif que le CO2 apparaît dans le bilan. Il s’agit du protoxyde d’azote, N2O, dont le pouvoir réchauffant est 200 fois supérieur au dioxyde de carbone ! L’erreur est donc d’avoir limité l’impact du biocarburant au seul pot d’échappement alors que celui-ci pollue du berceau à la tombe.
Concernant l’inflation, la responsabilité des biocarburants ne peut plus être niée. Aux États-Unis par exemple - qui investi massivement dans les biocarburants - c’est environ 30 % de la récolte de maïs de 2008 qui va rejoindre les pots d’échappement. Ce manque à gagner sur la consommation se traduit logiquement par une demande accrue de l’aliment concerné, mais aussi des autres denrées. D’où l’augmentation généralisée des prix : en à peine 3 mois, le prix du riz a augmenté de près de 60%. D’après un rapport de la banque mondiale, il faut attribuer 75% de l’inflation entre 2002 et 2008 aux seuls biocarburants.
Aujourd'hui, comme en témoigne la dernière réunion du G8 qui s’est tenue du 07 au 09 juillet 2008 au Japon, seul le Brésil défend encore bec et ongles les agrocarburants. Le président Lula s’y est rendu pour souligner la distinction entre l’éthanol brésilien issu de la canne à sucre et l’éthanol américain issu du maïs. La canne, cultivée sur seulement 1% du territoire, comblerait 50% de la demande nationale en carburants. Qui plus est, la culture de canne ne menacerait pas l’alimentation, les espaces concernés étant dégradés par la pâture.
Le Brésil a-t-il réussi à faire entendre sa voix ? Y’a-t-il encore de l’avenir pour les biocarburants ? Le consensus est difficile mais, dans un contexte de dépendance énergétique et de pétrole cher, les biocarburants devraient tout de même entamer leur marche vers une deuxième génération.
Commentaires
tatard
Bioéthanol – ce qu’il coûte et ce qu’il donne
Il faut un peu plus d’un litre d’équivalent pétrole pour produire un litre de bioéthanol.
Ces chiffres s’entendent depuis les labours jusqu’à la dernière distillation.
Il faut un 1,600 litre d’éthanol pour fournir la même quantité d’énergie qu’un litre d’équivalent pétrole.
Où est la bonne affaire ?
Ce n’est pas parce que le monde entier déraisonne qu’on doit refuser tout effort de réflexion, quelle que soit la position sociale ou politique.