Nous sommes à l’aube de son démarrage, et l’accélérateur de particules européen suscite bien des interrogations et des attentes. Le LHC permettra-t-il de voyager dans le temps ? Va-t-il créer des trous noirs ?
Le CERN a lancé une importante campagne de communication, notamment sur la sécurité de ses installations. Cela pour répondre à la crainte de certains scientifiques de voir se former un trou noir risquant d’absorber la Terre voire l’Univers entier !
L’un d’entre eux,
Walter L. Wagner a même intenté un procès au CERN sur ce seul motif ! Ce physicien de formation reconverti au droit n’en est pas à sa première affaire juridique puisque il avait déposé en 1999 une plainte semblable contre de l’accélérateur de particules américain de Brookhaven, le
Relativist Heavy Ion Collider de l’État de New-York. Persuadé du bien fondé de sa démarche, le scientifique reste convaincu de pouvoir retarder le lancement du LHC en bloquant les livraisons d’aimants supraconducteurs en provenance d’Amérique. Même si le procès devrait effectivement avoir lieu le 16 juin prochain, tous les aimants sont aujourd’hui en place et aucun retard supplémentaire ne devrait être occasionné
[1].
Plus de 30 ans après les premières collisions de particules réalisées au CERN, la formation de trous noirs sur Terre est devenue une inquiétude maîtrisée. Sans exclure la possibilité de la formation de micro trous noirs au sein du LHC, les chercheurs expliquent que leur énergie serait bien trop faible pour pouvoir absorber la matière environnante. Ces derniers insistent en outre sur le fait que l’énergie contenue dans les rayons cosmiques qui frappent chaque jour la Terre est bien plus importante, et qu’aucun hypothétique trou noir n’a jamais pu être observé.
Même en supposant leur existence, la théorie de Hawking qui a servi à les décrire explique que plus un trou noir est petit, plus vite il s’évanouit. Genève et le reste du monde peut donc dormir tranquille.
Certains scientifiques présentent le LHC comme une gigantesque machine à remonter le temps. Théoriquement c’est vrai car les niveaux d’énergie impliqués correspondent aux conditions physiques du Big Bang (seulement 10-25 seconde après l’explosion). De même cet état serait propice à des déformations de l’espace-temps et donc à la création de tunnels temporels encore appelés « trous de ver ». D’où une théorie farfelue présentée par deux mathématiciens russes, Irina Arefeva et Igor Volovitch, selon laquelle il sera possible de voyager dans le passé grâce au LHC. Mais attention, toujours d’après eux, il sera impossible de remonter au-delà de la date de sa création. Inutile donc d’espérer revivre l’année 2007 !
L’imagination débordante des chercheurs russes a en tout cas eu le mérite de détendre l’atmosphère parmi la communauté scientifique. Ainsi, le docteur en physique des particules Brian Cox de l’Université de Manchester déclare :
« s’il s’avère qu’un jour de véritables trous de ver se forment, je m’engage personnellement à aller manger le chapeau que l’on m’a offert lors de mon premier anniversaire avant qu’on me l’ait donné !»[2].
Le voyage temporel qui sera organisé au CERN tient donc plus d’
« une vue de l’esprit », d’après Yves Sacquin, ingénieur physicien au Commissariat à l’Energie Atomique de Saclay, et permettra de revivre le Big-Bang
« un peu comme le château-fort de Guédelon[3] nous permet de revivre le Moyen-âge ».
[1] Source Courrier International du 2 avril 2008, « Le plus grand accélérateur de particules du monde devant un tribunal »
[2] Citation recueillie dans l’article du Courrier International du 22 février 2008, « Embarquement immédiat pour le passé »
[3] Château-fort du pays de Puisaye-Forterre. Sa construction se fait avec les techniques du XIIIème siècle.
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