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Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.
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Ce sont les scientifiques du XVIIIè siècle qui ont pour la première fois classé l'espèce humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de manière tragique dans la sphère publique.
Les années 1970 voient un regain d’activité légale chez les créationnistes, comparable en intensité à la croisade anti-évolution des années 1920. Henry Morris rebaptisera d’ailleurs la décennie « the decade of Creation ». Les créationnistes tentent tout d’abord de légitimer leur lecture littérale de la Bible en faisant passer leurs croyances pour de la science. Le Creation-Science Research Center est ainsi remplacé en 1972 par l’Institute for Creation Research, d’apparence plus « scientifique » car rattaché à une université.
Durant les années 1970, les créationnistes font également de plus en plus appel à l’opinion publique. Des sondages ayant montré qu’une majorité d’Américains était en faveur de l’enseignement du créationnisme dans les écoles, les créationnistes jouent de ce sentiment pour plaider une fois de plus leur cause devant les représentants élus des États.
Entre 1970 et 1980, des dizaines de projets de lois exigeant la présentation des concepts créationnistes parallèlement à la présentation de l’évolution ("balanced treatment") apparaissent spontanément dans différentes assemblées législatives des États-Unis. La cour d’appel du Tennessee a beau déclarer l’une de ces lois « patently unconstitutional » en 1975, cela n’empêche pas les créationnistes de tenter leur chance ailleurs : au Texas, en Californie, dans l’Indiana ou le Kentucky par exemple.
Dans ce dernier État, un projet de loi visant à donner aux enseignants la liberté de présenter le créationnisme biblique pendant leurs cours sur l’évolution convainc les deux chambres sans qu’aucun débat ou commentaire ne soit nécessaire, et la mesure devient loi le 30 mars 1977. « By neither imposing restrictions on either students or teachers nor challenging the scientific status of evolution, this statute […] escaped the legal and political controversies that […] dogged all other creationism laws », explique Edward J. Larson dans son ouvrage (Larson, 1989, 144).
Ainsi, tout au long de la décennie 1970, les créationnistes parviennent à obtenir un peu partout dans le pays une reconnaissance officielle de leurs exigences éducatives. Mais ceci ne peut constituer une stratégie à long terme ; d’autant que les victoires législatives sont toujours susceptibles de se transformer en défaites devant les tribunaux. C’est alors qu’un étudiant en droit de Yale nommé Wendell Bird, acquis à la cause créationniste, arrête ses études afin de mettre au point une nouvelle stratégie juridique pour le mouvement. Selon Bird, l’enseignement de l’évolution empiète de manière anti-constitutionnelle sur les croyances créationnistes en appelant les élèves à formuler des affirmations contraires à leurs croyances personnelles.
Bird exige que les écoles « neutralisent » leurs programmes en enseignant à la fois la création et l’évolution. S’appuyant sur le travail d’Henry Morris, Bird affirme par ailleurs qu’il est tout à fait possible de construire un modèle créationniste à partir de preuves empiriques "divorced from theological reasoning and terminology". C’est là la pierre angulaire de l’argumentation de Wendell Bird : le créationnisme ne correspond pas seulement à des croyances religieuses mais répond également aux critères de la science.
Dans les mois qui suivent, de nombreux militants créationnistes s’emparent de l’idée et décident de la transformer en projet de loi. C’est ce que fait notamment le révérend A. A. Blount dans l’Arkansas. Dans cet État décidément bien ouvert aux thèses créationnistes, le projet acquiert très vite force de loi lorsque l’assemblée législative l’approuve et que le gouverneur, Frank White, y appose sa signature en mars 1981.
L’ACLU conteste aussitôt la nouvelle loi au motif qu’elle viole la séparation de l’Église et de l’État. Mais, alors même que l’association prépare sa plaidoirie devant la cour, les législateurs de l’État voisin de Louisiane adoptent à leur tour une loi en faveur de l’ « equal time ». La décennie 1980 va ainsi mettre à l’épreuve la nouvelle stratégie mise en place pendant les années 1970.
Dossier réalisé par Jérémie Pottier
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