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L'histoire scientifique des races

Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.

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Les fondements de l'Intelligent Design

L'Intelligent Design - dernier avatar en date du créationnisme - conteste le rôle de l'évolution naturelle des espèces et y voit l'oeuvre d'un créateur supérieur. Réflexiences vous propose de décrypter les arguments philosophiques et scientifiques de l'Intelligent Design.

La dérive des continents : histoire de la controverse

Il a fallu 50 ans pour admettre que les continents se déplacent ! Retour sur une des plus longues controverses de l’histoire des sciences.

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Conclusion : pourquoi la controverse risque de durer longtemps

La controverse dure depuis près de quatre-vingts ans, au moins sur le plan de l’école publique. Les arguments et les stratégies, comme on vient de le voir, n’ont cessé d’évoluer pour s’adapter à la loi et à la société. Désormais, il est de mauvais ton de promouvoir le créationnisme au nom de la religion, il est désormais trop lié à la Bible pour être crédible. Comme le dit Philip Kitcher, pour l’Intelligent Design, le créationnisme est un peu le « cousin de la campagne » : celui dont on a un peu honte mais dont on ne peut non pas nier la parenté, tellement leurs traits se ressemblent.

Malgré ces évolutions dans les arguments et la stratégie, il semble bien que ni un camp ni l’autre ne détruira son adversaire à court ou à moyen terme. Plusieurs raisons nous poussent à adopter les propos du juge Overton qui, à l’issue du procès de 1982, prédisait : « The controversy between biblical fundamentalism and evolution is one wich will continue, I believe, forever ».

1. La première raison tient tout simplement au fait qu’aucune décision juridique n’arrêtera les partisans de l’un ou l’autre bord. Le conflit, en effet, se livre pour une grande partie à un niveau légal. Cependant, aucune décision n’a jamais permis de trancher définitivement la question. Comme le fait remarquer Larson : « Ultimately [… ] the law cannot resolve the controversy because neither side will accept an adverse result as final. When either side wins a victory, the other typically redoubles its efforts ». Il est quasi-certain que si un jour l’enseignement de l’Intelligent Design dans les écoles publiques était déclaré anticonstitutionnel par la Cour Suprême des Etats-Unis, le créationnisme prendrait une nouvelle forme, trouverait de nouveaux arguments pour revenir à la charge, comme il l’a toujours fait.

2. Ensuite, il est nécessaire de rappeler la nature même du conflit qui, loin de se réduire à une querelle juridique, met en jeu des forces sociales et culturelles considérables. Si la question était purement scientifique, elle ne se jouerait pas dans les tribunaux mais à coup de découvertes paléontologiques et d’articles dans des revues spécialisées, à l’écart de la majorité des Américains. Le problème est que pour beaucoup de gens, la croyance dans l’évolution ou la création a des implications qui dépassent le cadre de la science. Dès la publication de L’Origine des espèces en 1859, les partisans de chaque côté ont envisagé la question en termes de valeurs (qu’allons-nous enseigner à nos enfants ?). Le débat sur l’évolution et la création s’est donc toujours rapproché d’un débat culturel sur les valeurs. John Wiester, un historien qui a construit un dictionnaire des mots et expressions utilisés au cours de ces 20 dernières décennies lors de débats entre création et évolution, notait que la quête de la connaissance n’était que secondaire dans les plaidoiries des uns et des autres. "90 % of this is not science at all. It’s all rhetorical maneuver" (Witham, 2002, 108). Comme le dit un autre historien, Mark Noll :

« Creation-evolution debates today are often an entrance point to talk about, really, other things. Like financing of public schools. Like the role of governement. People use the language of creation-evolution, of “scientific research” or “faithfulness to the Bible”, but they’re really not talking about these things. They are talking about cultural and political power » (Witham, 2002, 142).

3. Ensuite, les Américains ont toujours montré beaucoup de méfiance vis-à vis des élites, qu’elles soient intellectuelles ou ecclésiastiques. S’il existe deux types de personnes populaires aux Etats-Unis, ce sont le self-made man et l’underdog. L’underdog est en quelque sorte le perdant qui n’a jamais bénéficié des conditions nécessaires à la réussite, le souffre-douleur du self-made man.

Phillip Johnson joue particulièrement bien avec ce mythe américain : il ne cesse, en effet, au travers de ses ouvrages et articles, de se poser en victime du dogmatisme des scientifiques. Pennock le fait remarquer dans son article « Naturalism, Evidence, and Creationism: The Case of Phillip Johnson » : 

"Again we see how Johnson’s rethoric tries to make the Creationists appear to be the rational "skeptic" who merely accepts de "possibility" of a Creator, and the biologist, the "blind" and "naive" ideologue who dogmatically rejects that possibility and thereby misjudges the evidence" (Pennock, 2001, 82).

Comment, dans ces cas là, ne pas prendre parti pour le sceptique, opprimé dans sa liberté d’expression par des élites scientifiques arrogantes ?

4. Un autre élément très ancré dans la culture américaine concerne les impôts. Il s’agit de l’idée selon laquelle les taxes fédérales ne doivent pas servir à diffuser des opinions contraires à celles du contribuable. Comme le déclara Thomas Jefferson en 1786 : « To compel a man to furnish contributions ofmoney to the propagation of ideas which he disbelieves, is sinful and tyrannical » (Witham,
2002, 19). Rappelons en effet que c’est ce principe fondamental qui a vu la naissance de la nation américaine, lors de la « Boston Tea Party » : les colons américains se révoltèrent contre les Anglais qui imposaient des taxes trop lourdes sur le thé. Ce fut le début de la Guerre d’Indépendance et de l’Amérique. Ce traumatisme, qui a fortement marqué la constitution des Etats-Unis, continue d’influencer profondément la culture et la politique américaine. Est-il concevable, dans cette optique, que le contribuable finance une théorie scientifique qui semble aller à l’encontre des valeurs morales de la communauté ?

5. Rappelons également l’importance de la religion aux Etats-Unis. Le protestantisme se fonde sur l’idée d’une interprétation personnelle de la Bible, c’est-à-dire directe et sans intermédiaire, comme cela a pu être le cas du Christianisme, par exemple, avant que la Bible ne soit traduite en langue vulgaire. Ce principe a largement dépassé le cadre de la religion pour véritablement s’implanter dans la culture américaine : le peuple n’aime pas le contrôle du gouvernement fédéral. Chaque décision s’applique à un niveau local et il est difficilement concevable que l’État fédéral impose des choix contraires à ceux d’une communauté, ou même d’un État. Le système carcéral, judiciaire, éducatif se définit en majorité à un niveau local. L’État fédéral, même s’il le souhaitait, n’aurait donc que des moyens très limités pour agir.

6. Cette méfiance vis-à-vis de l’État fédéral se remarque également dans le système éducatif américain. En effet, il n’existe pas de programme scolaire au niveau national, tout se décide dans les schoolboards locaux. Les schoolboards sont des commissions scolaires, composées de membres de la communauté, élus par leurs pairs, qui décident du programme. Autrement dit, ce ne sont pas des experts cientifiques qui choisissent le contenu du programme scientifique, mais n’importe quelle personne acceptée par la majorité locale. Ce système, qui se régule la plupart du temps de lui-même, donne parfois lieu à quelques dérapages, comme cela a été le cas récemment à Dover, en Pennsylvanie.

7. Enfin, n’oublions pas que les États-Unis sont « le pays de la démocratie ». Et qui dit démocratie dit choix de la majorité. Cependant, nous avons déjà vu que la science n’est pas un domaine démocratique : la majorité ne décide pas de l’état de la matière ou de la loi de la relativité. L’école publique américaine est donc soumise à deux forces, parfois contradictoires : la démocratie et la transmission des savoirs.

Pour toutes ces raisons, la controverse qui oppose les partisans de l’Intelligent Design aux partisans de l’évolution risque bien de ne jamais se finir. Elle évoluera très certainement pour prendre d’autres formes ("teach the controversy" pourrait être la prochaine), s’alimentant de nouvelles découvertes ou de nouvelles stratégies, mais le fond du problème demeurera : le darwinisme continuera d’être farouchement combattu par tous ceux, scientifiques ou non, qui le perçoivent comme contraire à la morale ou à leurs convictions religieuses.

Cependant, on peut très certainement trouver un point positif à tout cela. En effet, grâce à ces controverses, le public (américain, tout au moins) n’a jamais été plus au courant de l’évolution. De même au niveau scientifique, l’Intelligent Design contribue lui aussi à construire et à consolider la théorie de l’évolution, en obligeant les néo-darwinistes à constamment reformuler leurs théories, leurs hypothèses et leurs preuves. Cette controverse leur permet de se pencher régulièrement sur les fondements même de l’évolution et, à l’instar des refontes épistémologiques de Bachelard, de mieux comprendre et réinterpréter leurs théories, au vu des critiques qui sont émises, dans le but de les exposer plus clairement au public.

 
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