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Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.
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Les sciences cognitives sont peu connues du grand public. Pourtant, leurs sujets d'étude passionnent : l'intelligence, les émotions, la mémoire... Alors que la philosophie explique ces notions par les capacités de réflexion de l'homme, les sciences cognitives proposent une explication matérielle de la pensée.
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C’est Phillip Johnson lui-même qui semble avoir élaboré cette stratégie au cours de l’année 1999. Selon lui, l'Intelligent Design doit être utilisé comme un coin pour fendre le "matérialisme scientifique" jusqu'à ce que la science classique se disloque. Derrière cette métaphore bûcheronne se cache un programme très précis, contenu dans un document baptisé "The Wedge Document".
Ce texte a d’abord surgi sur Internet de manière totalement anonyme - suscitant alors de nombreuses réactions horrifiées, avant que le CSC n’en reconnaisse finalement la paternité en mars 1999. Il définit un plan d’action en trois phases, que nous allons ici tenter de résumer.
1. Recherche scientifique
Pour les défenseurs de l’Intelligent Design, il est urgent de trouver des preuves scientifiques au design et d’informer le grand public de leur existence par le biais des publications. Alors seulement, la théorie reposera sur une base solide. De ce point de vue, on ne peut pas dire que les choses aient beaucoup changé depuis 1999. Aucun argument en faveur du design n’a convaincu la science "traditionnelle", et seul un article écrit par un défenseur de cette théorie a été accepté dans une publication à peer-review, en l’occurrence la revue Proceedings of the Biological Society of Washington.
L’auteur de l’article en question, Stephen C. Meyer, docteur en biologie moléculaire et grand promoteur de l’Intelligent Design, y avançait l’idée que l’explosion cambrienne - époque remontant à plus de 530 millions d’années et qui a vu l’apparition soudaine d’une multitude de nouvelles espèces - était d’origine "intelligente". La publication de l’article a suscité une levée de boucliers de la part de la communauté scientifique. Le directeur de la revue - qui était aussi le relecteur de l’article - s’est alors excusé et a démissionné de ses fonctions.
Le site du Discovery Institute tient cependant à souligner qu’un certain nombre d’articles écrits par ses membres ont été repris dans des ouvrages sérieux. Surtout, il rappelle que bien souvent, les grandes avancées scientifiques se font dans l’ombre, et que les scientifiques les plus remarquables ont souvent publié dans l’indifférence la plus totale ou bien dans des publications traditionnelles n’ayant pas recours à la relecture par un pair.
2. Publicité
Si la stratégie mise en place par le CSC n’a guère contribué à légitimer l’Intelligent Design auprès des scientifiques, elle a en revanche porté ses fruits auprès du grand public. Durant les douze derniers mois, pas une seule journée ne s’est passée sans que référence ne soit faite dans les médias aux incursions de l’Intelligent Design sur le terrain de l’école publique ou ailleurs.
L’Intelligent Design s’invite en effet là où on s’y attend le moins : dans des articles de sport, voire même dans des commentaires sarcastiques adressés au président par un ancien candidat à la Maison-Blanche. Depuis, de nombreux magazines ont consacrés leur couverture au phénomène.
Il ne faudrait pas négliger non plus l’effort consenti par les défenseurs de l’Intelligent Design afin de diffuser leur pensée dans les librairies : depuis deux ou trois ans, tous les livres de Johnson, Dembski, Behe, Wells, Meyer sont disponibles à la vente dans des rayons spécialisés ou sur des sites aussi populaires qu’amazon.com.
Mais revenons un instant sur l’entrée de l’Intelligent Design dans les collèges et les lycées américains. De plus en plus d’écoles semblent aujourd’hui prêtes à inclure l’enseignement du design dans leurs cours de science. Le site Internet du Discovery Institute se charge d’ailleurs de fournir les documents nécessaires aux personnes désirant convaincre leur schooboard local de mettre l’Intelligent Design au programme.
Le site Internet du National Center for Science Education, qui recense toutes les projets de lois en faveur de l’Intelligent Design ainsi que les propositions de changement de programme dans un sens créationniste, fournit ainsi une liste de 16 « États-voyous » ayant tenté par exemple, entre janvier et août 2005, d’ajouter sur les livres scolaires des autocollants stipulant que l’évolution
n’est qu’une théorie.
La plupart du temps, ces propositions ne sont pas votées au sein des commissions ou lors des délibérations législatives. Cependant, à Dover, dans l’État de Pennsylvanie, le changement de programme a été approuvé, et on exige désormais des professeurs qu’ils fassent part à leurs élèves des failles existant dans la théorie de l’évolution et qu’ils présentent l’Intelligent Design comme une alternative scientifique viable à cette théorie. Il semble pour le moment que la majorité des professeurs de Dover aient décidé de faire fi de ces instructions.
3. Confrontation culturelle
Pour les défenseurs de l’hypothèse du design, il est important de se frotter aux scientifiques dits "matérialistes". C’est pourquoi ils profitent souvent de conférences organisées dans des universités pour débattre des vertus de leur point de vue. De ces conférences naissent parfois des ouvrages collectifs, susceptibles de diffuser encore un peu plus leur pensée.
Pour autant, il n’est pas rare de voir des scientifiques réputés montrer leur désapprobation en boycottant certaines de ces conférences. Cela a été le cas récemment, lorsque le Kansas State Board of Education, sur proposition du Kansas based Intelligent Design Network, a voulu organiser en mai 2005 une série de débats confrontant l’Intelligent Design à l’évolution. Pour ne pas donner trop de crédit à leur opposant, certains scientifiques préférèrent même organiser des conférences de presse parallèles pour évoquer le problème de l’introduction de l’Intelligent Design dans les salles de classe.
La « Wedge Strategy », mise au point il y a de cela dix ans, semble donc produire des résultats mitigés. Certes, elle a permis à l’Intelligent Design de se faire une place de choix dans l’actualité politique et sociale américaine, mais elle n’a toujours pas contribué à illustrer son argumentation philosophique par des preuves scientifiques, ce qui était pourtant son objectif premier. En conséquence, le mouvement dans son ensemble se voit réduit à n’être qu’une énième version du créationnisme des années 1920 à 1970, dont on va voir qu’il partage avec lui uncertain nombre de points communs.
Dossier réalisé par Jérémie Pottier
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