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Laurence Garcia : wonderwoman

Laurence Garcia travaille pour le CEID, le Comité d'étude et d'information sur la drogue. Son job ? Animer des séances de prévention en milieu scolaire et aider les jeunes usagers de drogues lors de consultations spécialisées. Bien loin des séances de morale d’autrefois...



Quel a été votre parcours ?

Au départ, je voulais exercer un métier avec beaucoup de contacts humains. Après mon bac, j'ai fait 2 ans de psycho, puis une formation d'éducatrice spécialisée au cours de laquelle j'ai fait un stage qui m'a passionné au CEID. Puis, j'ai continué dans cette association. Je me suis tout de suite intéressée à la prévention, ce sujet me passionne.

C’est quoi la prévention ?

Il en existe 3 types. La prévention primaire s’adresse à ceux qui n'ont pas encore pris de risque. La prévention secondaire s'adresse à ceux qui ont déjà pris des risques, et qui en prennent régulièrement. Elle consiste à ce que l'usager, tout en continuant ses pratiques, prenne le moins de risques possible. La prévention tertiaire consiste à prévenir les rechutes.

Comment se déroule une séance de prévention ?

J'anime des séances dans les classes de 4e, 3e et dans les lycées. Mon objectif est de prévenir des risques sur la consommation de substances psychoactives. Je commence par me présenter moi et la structure qui m'emploie, pour que les jeunes sachent qu'un dispositif existe en cas de besoin. Par ailleurs, je ne suis ni un policier, ni un magistrat : je veux que l'on parle d'eux, de leurs expériences. Puis chacun se présente, donne son prénom, son âge et fait le point sur ses expériences de consommation : qu'ont-ils déjà essayé ? Que consomment-ils régulièrement ? Dans quel contexte ? Ont-ils déjà vu des drogues plus marginales circuler autour d'eux, même s'ils n'en ont jamais pris ? En lycée, statistiquement il y a un nombre non négligeable de jeunes qui ont déjà expérimenté le cannabis - la 1ère expérience avec le cannabis se fait à 15 ans (moyenne nationale). La consommation d'alcool est bien plus intensive que celle du cannabis. Nous abordons aussi la question des effets notamment ceux du cannabis et de l'alcool. Il est important de donner des informations validées scientifiquement, sur les produits, leurs effets et leurs dangers. Ensuite, je réfléchis avec eux sur la place que prennent les consommations et les expérimentations dans leur vie : pourquoi on essaie ? Pourquoi on consomme occasionnellement ? Pourquoi on s'installe plus régulièrement dans une consommation ? Qu'est-ce que ça apporte ? Comment ça peut déraper vers une situation problématique ? Nous cheminons petit à petit sur l'idée que consommer des produits, c'est pas si banal que ça, et que parfois ça peut déraper.

Au fond, quel est votre objectif ?

Je fais toujours très attention à intervenir avec respect. Je leur rappelle qu'ils sont acteurs de leur propre vie et que ce sont eux qui font les choix, ce sont eux qui les assume. Je ne suis surtout pas là pour leur dire ce qu'ils devraient faire, ni pour juger les choix qu'ils ont déjà fait. Par contre je suis là pour les faire réfléchir. Souvent les jeunes consommateurs sont plein de certitudes, ils pensent tout savoir “Le cannabis c'est pas dangereux” ou “Moi je gère et j'arrête quand je veux”. J'aime bien attaquer ces certitudes au marteau piqueur, et faire en sorte qu'ils se posent des questions à l’issue de la séance. Ce qui est intéressant, c'est de les mettre en mouvement, qu'ils se mettent à réfléchir, réflexion qui sera enrichie de rencontres, de lectures. On aborde aussi la question de la loi. Souvent les jeunes ne savent pas qu'ils sont responsables de leurs actes depuis qu'ils ont 10 ans (responsabilité pénale). A partir de 10 ans, si on se fait prendre, on ira justifier ses actes devant un magistrat. Mais aussi devant ses parents ou devant la direction d'un établissement scolaire...

Les usagers sont-ils informés des risques pris ?

Chez les jeunes, il y a un fantasme qui circule sur le risque de dépendance. Bien sûr il existe, mais ce n'est pas le risque auquel ils sont exposés en premier lieu. Il s’agit davantage du comportement qu’ils adoptent quand ils ont trop consommé, particulièrement en ce qui concerne la conduite. On est dans la toute puissance, on s'imagine qu'on sait tout faire et qu'on est invincible. Pourtant ce risque est difficile à évaluer. Certains pensent pouvoir conduire en ayant fumé deux joints et ne pas le pouvoir s'ils ont bu. D'autres pensent le contraire. Les représentations que nous avons interviennent aussi.

Quels clichés circulent dans la société sur les drogues ?

“Consommer des drogues c'est festif, ça ne peut pas avoir de mauvaises conséquences.” ou “L'alcool n'est pas une drogue.” Beaucoup de clichés circulent sur l'alcool, notamment parce que c'est la drogue consommée par le plus grand nombre de jeunes. Il faut savoir par exemple qu’un verre de whisky servi dans un bar contient autant d'alcool qu'une bouteille de bière. L'alcool, et surtout le vin, a un statut particulier en France. Il fait partie de notre patrimoine, nous y avons été initié en général assez jeune par la famille. Des astuces circulent également sur la façon de faire baisser son taux d'alcoolémie... attendre avant de prendre le volant, vomir, prendre une douche froide, prendre un café... Rien ne permet d'éliminer l'alcool plus vite, si ce n’est qu’il faut seulement être patient.

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Sommaire

Dossier réalisé par Mathilde Royer

 
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