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Vous avez enseigné les sciences physiques au collège pendant 8 ans, qu'est-ce qui vous a donné envie de vous tourner vers la recherche ?
J'ai toujours été convaincue que la physique est une discipline qui peut être accessible à tous les élèves, quel que soit leur niveau, et qui, par sa dimension expérimentale, par les questions qu'elle soulève, par l'engagement qu'elle suscite, reste très motivante. Paradoxalement, comme vous le savez, nombreux sont les élèves (et les adultes) qui gardent de cette matière un souvenir presque "douloureux". Je ne crois pas que le contenu lui-même soit en cause, mais plutôt la façon, souvent frontale, dont il est enseigné. Lorsque l'on enseigne dans un établissement dit "difficile", comme cela pouvait être mon cas, on cherche à donner aux élèves les meilleures clés pour comprendre le monde qui les entoure en les impliquant au maximum dans l'apprentissage pour qu'ils en soient partie prenante. Mais les méthodes pour y parvenir ne sont pas toujours faciles à trouver. Et puis j'ai découvert qu'il existait un champ de recherche, la didactique des sciences, dont l'un des objectifs est de réfléchir à l'enseignement des sciences. En 1998, je me suis lancée dans un DEA de didactique des sciences. Au départ, c'était un engagement purement utilitaire, presque égoïste, et d'ailleurs, les effets sur mes pratiques d'enseignement ont été extrêmement rapides.
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas cette discipline, pouvez-vous définir la didactique des sciences ?
La didactique des sciences est une discipline de recherche centrée sur l'enseignement et l'apprentissage des sciences. Ceci implique pour les didacticiens de s'intéresser en premier lieu au savoir à enseigner, à sa nature, à son histoire, aux difficultés qu'il sous-tend, en second lieu aux processus d'acquisition de ce savoir par les élèves, et notamment aux raisonnements, aux conceptions plus ou moins spontanées qui risquent de faire obstacle à l'apprentissage de tel ou tel concept scientifique, et ensuite, aux processus d'enseignement, c'est-à-dire à la façon dont les enseignants… enseignent. Depuis près de quarante ans que la recherche en didactique des sciences existe, les travaux des chercheurs ont mis au jour un certain nombre de raisonnements d'élèves et d'étudiants qu'il semble nécessaire de connaître avant d'enseigner afin de savoir "où on met les pieds". Ce sont ces raisonnements que l'on cherche ensuite à modifier avec un enseignement ad hoc. De fait, de nombreux chercheurs s'orientent vers la construction de séquences d'apprentissage, séquences qui sont ensuite testées avec des élèves ou des étudiants. L'intérêt, au final, est de contribuer à l'amélioration de l'efficacité de l'enseignement des sciences. J'ajouterai qu'une des choses qui m'a le plus séduite dans cette discipline c'est que les inégalités scolaires y sont le plus souvent effacées. Les conceptions initiales des élèves ne diffèrent pas d'un milieu social à l'autre. Aussi en construisant un enseignement qui s'appuie sur ces conceptions, on place les élèves sur un pied d'égalité. On a là un outil de démocratisation extrêmement puissant.
Enfin, vous êtes membre associé du dispositif La main à la pâte : qu'y faites-vous et qu'est-ce que cela vous apporte ?
L'opération "main à la pâte" a été créée en 1996 dans le but de redynamiser l'enseignement des sciences à l'école primaire. L'idée générale est de proposer aux élèves des activités scientifiques, si possible en lien avec leur vécu, et de leur faire vivre une démarche de recherche : la formulation d'hypothèses par les élèves, l'expérimentation, la communication avec les autres sont des éléments essentiels de ce dispositif. Bien sûr, pour que cela fonctionne, il est nécessaire de former les professeurs des écoles, et c'est précisément en ce domaine que j'interviens pour "main à la pâte". En outre, l'opération a fait des émules à l'étranger. Le Mexique, le Chili, l'Iran, la Serbie, sont autant de pays avec lesquels j'ai eu le plaisir de travailler. Bien sûr, chaque pays a ses spécificités mais j'ai constaté que les problèmes rencontrés par les enseignants étrangers sont les mêmes que les nôtres, que les solutions apportées par les uns sont transposables à d'autres et méritent d'être connues de tous : cela est sans doute lié au caractère universel de la science. Au-delà du plaisir même du voyage, ces formations à l'étranger sont d'une rare richesse à la fois humaine et intellectuelle. D'ailleurs, lorsque je parle de formation, le mot est sans doute mal choisi : il est davantage question ici de collaboration, de rencontre et de découverte.
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