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L'histoire scientifique des races

Ce sont les scientifiques du XVIIIe siecle qui ont pour la premiere fois classé l'espece humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de maniere tragique dans la sphere publique.

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L'histoire de la notion de races

Ce sont les scientifiques du XVIIIè siècle qui ont pour la première fois classé l'espèce humaine en différentes "races". Retour sur l'histoire d'une théorie qui a dérivé de manière tragique dans la sphère publique.

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Aristote, ce savant marcheur

Comme les morts ont aussi leur mot à dire sur les sciences, Réflexiences a décidé de rencontrer les savants les plus illustres pour revenir sur leur vie, leur parcours et leur oeuvre. Le premier de la série, Aristote, a bien voulu répondre à nos questions.

Réflexiences : Vous êtes né à Stagire en 384 av JC, sur les bords de la mer Egée, mais vous avez dû quitter votre ville natale pour vous installer à Pella, la capitale de la Macédoine. Pourquoi ?

Aristote : A cause de mon père, Nicomaque, le célèbre médecin. Il a été appelé à la cour de Macédoine pour devenir le médecin personnel du souverain Amyntas, et nous l’avons suivi à Pella. C’est là que j’ai rencontré Philippe, l’un des fils de Amyntas, et nous sommes devenus amis.

RX : Vous avez ensuite quitté Pella pour Athènes. En raison de votre soif de connaissances ?

Aristote : Oui, à Pella, je m’ennuyais. Si je voulais devenir un savant, je devais partir à Athènes où toutes les connaissances étaient réunies. J’y ai rencontré les plus illustres savants et philosophes.

RX: Notamment Platon…

Aristote : Oui je suis rentré dans son Académie après avoir quitté l’école d’Isocrate qui était beaucoup trop portée sur l’art du discours, et pas assez sur la recherche de la vérité. Au départ j’ai beaucoup apprécié l’enseignement de Platon, et lui aussi m’appréciait. Il me surnommait « le lecteur » et même, « l’intelligence » ! Au moins, dans son Académie, j’ai pu trouver un enseignement très complet, que ce soit en sciences naturelles, en mathématiques ou en histoire. J’étais très doué en logique, et Platon s’en est vite aperçu. Il m’a donné la charge de l’enseignement de la rhétorique (ndlr : l’art de la persuasion).

RX: C’est à cette période que vous commencez à rédiger vos grands ouvrages : Sur la justice, Sur l’Education, Sur l’amitié. Vous entreprenez également d’importants travaux scientifiques et rédigez les fameux traités Du ciel, De la génération et de la corruption et le livre IV des Météorologiques. Mais c’est aussi à cette époque que vous vous éloignez de Platon. Pour quelles raisons ?

RX: J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Platon, mais au fil des ans, nos opinions ont divergé. C’est vrai qu’il m’est arrivé à cette époque de le critiquer violemment, mais je conserve toujours un profond respect pour mon ancien maître.

EG : Quand Speusippe, le neveu de Platon, a repris la direction de l’Académie, vous avez fait vos bagages et vous êtes partis en Ionie. Etait-ce à cause de votre différent avec Platon ?

Aristote : En partie, mais pas seulement. Je n’aimais pas non plus beaucoup Speusippe et je ressentais à Athènes l’émergence d’un fort climat anti-macédonien. Il était temps pour moi de partir ; j’avais été formé par les meilleurs et j’étais prêt à mon tour à former d’autres élèves. Je me suis donc installé dans le port d’Assos, sur l’île de Lesbos, où j’ai fondé ma première école. J’ai passé là bas cinq belles années à étudier les animaux et à me consacrer à la biologie.

RX : Et c’est là bas que vous entamez la rédaction de votre célèbre Histoire des animaux ?

Aristote : Oui, mais j’ai dû interrompre mes travaux à cause de Philippe, qui entre temps était devenu Roi de Macédoine. Il m’a convoqué en Macédoine en 343 av J.-C. pour devenir le professeur particulier de son fils, Alexandre (ndlr : le futur Alexandre le Grand). Qui pouvait refuser une telle offre ? Pendant trois ans, j’ai enseigné au petit Alexandre l’histoire naturelle, l’art oratoire, la rhétorique, la politique, la morale. Après cela, je suis retourné avec ma femme à Stagire, et j’ai enfin pu reprendre pendant 5 ans mes travaux sur les animaux et la biologie. J’ai eu tout le temps de constater l’extrême diversité de la nature et de découvrir son but : réaliser le meilleur, enfin, dans la mesure du possible. Car, savez-vous par exemple que pour les animaux à cornes, la nature a dû faire quelques concessions… En effet, les cornes sont constituées d’une matière que je qualifie de « terreuse » (ndlr : attention cette matière n’est pas faite de terre). En fait, toutes les parties dures de l’organisme (os, cartilages, griffes, dents, etc.) sont fabriquées à partir de cette matière. Mais le problème, c’est que la nature ne dispose que d’une quantité donnée et limitée de matière terreuse. Et comme elle était obligée d’en mettre dans les cornes de ces animaux (sinon ils ne disposaient d’aucun moyen de défense), elle n’en avait plus assez pour faire la deuxième rangée de dents, que l’on trouve chez tous les animaux sans corne. En fait, la nature n’est économe que par manque de moyens… Je pourrais aussi vous parler du cerf et du poulpe, mais ça sera peut-être pour une autre fois…

RX : Oui, nous n’avons malheureusement pas le temps de parcourir toute votre œuvre ! Donc, pour revenir à votre histoire, quand la paix entre Athènes et Pella a été rétablie avec l’accession d’Alexandre au trône de Macédoine, vous êtes retourné à Athènes. C’est là que vous fondez le Lycée qui rivalisera avec l’Académie de Platon. Mais pourquoi appelle-t-on vos élèves des « péripatéticiens » ?

Aristote : Ce mot est né d’une habitude que j’avais prise dans le Lycée. Je dispensais mes cours en déambulant dans les allées et les jardins. Mes élèves me suivaient et on leur a donné le nom de « péripatéticiens », « les promeneurs » (ndlr : issu du mot grec peripatein, « marcher »). D’ailleurs, vous savez l’importance que j’accorde à l’étude du mouvement…

RX : Effectivement. On dit aussi que vous avez mis au point des cours peu habituels dans votre Lycée. On parle de dissections, de vivisections…

Aristote : En effet, parce que c’est le meilleur moyen d’apprendre. Il faut observer les faits avant de se lancer dans la réflexion. C’est en disséquant l’œil de la taupe ou en procédant à la vivisection du caméléon que l’on découvre les mécanismes du vivant. Grâce à ces recherches j’ai pu réunir un nombre suffisant d’observations pour rédiger deux traités : Les Parties des Animaux et Le Mouvement des Animaux.

RX : Vos études en anatomie animale sont extrêmement brillantes, mais vous avez de drôles de théories sur l’anatomie humaine, pouvez-vous nous en parler ?

Aristote : Et bien en ce qui concerne la circulation sanguine et les poumons, c’est simple. Le sang part du cœur et arrive aux extrémités où il se solidifie pour former la chair. Quand aux poumons, ce sont des soufflets qui servent à refroidir le cœur. Pour la reproduction, c’est un peu plus compliqué. L’homme émet une semence et la femme apporte la matière, la matrice. Le sperme met en mouvement l’air qui met à son tour en mouvement la matrice femelle. Comme la femme ne transmet pas sa matière, il ne devrait y avoir que des mâles. En fait la naissance d’une femelle est une déviation.

RX : À l’époque cela ne choquait personne mais aujourd’hui, personne n’oserait plus tenir de tels propos ! Par ailleurs, vous avez également des idées bien arrêtées et plutôt originales sur le monde. Pouvez-vous nous éclairer sur vos théories ?

Aristote : Mes idées sont peut être originales, mais parfaitement cohérentes ! Le monde est fini et plein : il n’y a aucun corps en dehors du ciel, pas même du vide. De plus, de par sa perfection, le ciel est sphérique et il abrite des corps célestes, tels que les planètes, animés de mouvements circulaires. Ces corps se déplacent en fait sur d’autres sphères contenues dans la sphère des fixes (la dernière sphère sur laquelle se trouvent les étoiles). Et chaque sphère communique à celle qui est en dessous le mouvement diurne d’Est en Ouest qui provient de la sphère des fixes.

RX : En tous cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que grâce aux nombreuses recherches menées au Lycée, la réflexion sur les sciences a beaucoup progressé. Mais la mort d’Alexandre a mis fin à cette période. Les sentiments anti-macédoniens refont surface et vous êtes à nouveau contraint de quitter Athènes en 323 av J.-C. Où êtes vous allé cette fois ?

Aristote : Je suis allé me réfugier en Chalcis, dans la maison de ma mère. Mais je suis tombé rapidement malade, la fin était proche. J’ai quand même eu le temps de rédiger mon testament pour faire de Théophraste (l’un de mes brillants élèves) mon successeur à la tête du Lycée. Je suis mort en 322 av. J.-C., j’avais soixante-deux ans et j’ai malheureusement laissé inachevés de nombreux traités comme La génération des animaux.

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Dossier réalisé par Elsa Godet

 
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